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Les Verts : Gijón, deux CAN et une passion nationale
Une victoire fondatrice sur la RFA, deux titres continentaux à vingt-neuf ans d'écart et un pays qui s'arrête à chaque match : le football algérien tient une place à part.
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Il faut avoir vu une ville algérienne un soir de match pour comprendre la place du football dans le pays. Les rues se vident, puis se remplissent d'un coup. Aucun autre événement collectif ne produit cet effet.
Gijón, 1982
Pour sa première participation à une Coupe du monde, l'Algérie affronte la RFA, championne d'Europe en titre, le 16 juin 1982 à Gijón. Elle l'emporte 2-1, avec des buts de Rabah Madjer et Lakhdar Belloumi.
C'est l'un des résultats les plus retentissants de l'histoire de la compétition. L'équipe bat ensuite le Chili, mais se voit éliminée après le dernier match du groupe entre la RFA et l'Autriche, dont le déroulement — un score arrangeant les deux équipes — provoque un scandale.
Conséquence directe : la FIFA impose ensuite que les derniers matchs de poule se disputent simultanément. Une règle du football mondial est née d'une injustice faite à l'Algérie.
1990 : le titre à domicile
L'Algérie organise la Coupe d'Afrique des nations 1990 et la remporte, battant le Nigeria en finale à Alger. C'est le premier titre continental, obtenu devant son public, avec une génération marquée par Madjer, Belloumi et Chérif Oudjani.
Cette victoire reste, pour toute une génération, le sommet de l'histoire sportive nationale.
2019 : le second titre
Vingt-neuf ans plus tard, l'Algérie remporte la CAN 2019 en Égypte, en battant le Sénégal en finale. La sélection, emmenée notamment par Riyad Mahrez et dirigée par Djamel Belmadi, réalise un parcours sans défaite.
Le retour de l'équipe donne lieu à des scènes de liesse considérables, dans le pays comme dans les villes de la diaspora.
Le championnat national
Derrière la sélection, le championnat repose sur des clubs à forte identité locale, dont plusieurs sont plus que centenaires : MC Alger, USM Alger, JS Kabylie, CR Belouizdad, ES Sétif, MC Oran, CS Constantine.
La rivalité entre clubs algérois, les déplacements en Kabylie, les derbies de l'Ouest structurent un calendrier suivi avec passion.
Les clubs algériens ont remporté à plusieurs reprises des compétitions continentales, la JS Kabylie et l'ES Sétif figurant parmi les plus titrés.
Les tribunes, un espace d'expression
Un phénomène spécifique mérite d'être noté : les chants de supporters algériens dépassent régulièrement le cadre sportif. Certains, écrits et repris dans les stades, sont devenus des phénomènes nationaux, avec des textes qui parlent de la jeunesse, du départ, du quotidien.
Ce répertoire est étudié comme une forme d'expression populaire à part entière, au-delà du football.
La filière binationale
Une part importante des sélectionnés algériens sont nés ou formés à l'étranger, principalement en France. Ce vivier binational constitue une force sportive, et il illustre le lien permanent entre le pays et sa diaspora.
Le choix de sélection de ces joueurs est chaque fois suivi avec attention des deux côtés de la Méditerranée.
Ce qu'il faut retenir
Le football algérien tient sur trois piliers : une victoire fondatrice en 1982 qui a modifié un règlement mondial, deux titres continentaux à vingt-neuf ans d'intervalle, et une ferveur qui fait des matchs de la sélection l'un des rares moments de communion nationale. C'est cette combinaison qui explique la place du sport dans le pays.