Histoire
1954-1962 : les huit années qui ont fait l'Algérie indépendante
Huit années, un enchaînement de séquences militaires, diplomatiques et politiques, et une mémoire qui reste vive des deux côtés de la Méditerranée.
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C'est la séquence la plus documentée et la plus discutée de l'histoire algérienne contemporaine. Elle fonde l'État actuel, structure son récit national, et continue de peser sur la relation franco-algérienne plus de soixante ans après.
Le 1er novembre 1954
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une série d'attaques coordonnées est menée sur plusieurs points du territoire par le Front de libération nationale, tout juste constitué. Une proclamation appelle à l'indépendance et fixe les objectifs du mouvement.
Le nombre d'opérations est limité et leur portée militaire faible. Leur portée politique est en revanche décisive : la date devient le point de départ de la guerre et le repère fondateur — le 1er novembre est aujourd'hui fête nationale.
L'enchaînement des séquences
1955-1956 : l'extension
Le conflit s'étend géographiquement. Le Congrès de la Soummam, en août 1956, dote le FLN d'une organisation politique et militaire structurée et affirme la primauté du politique sur le militaire.
1957 : la bataille d'Alger
L'affrontement se déplace en ville. Les pouvoirs de police sont confiés à l'armée dans la capitale. Cette séquence, marquée par le recours à la torture, sera au cœur des débats ultérieurs en France comme en Algérie.
1958 : la crise de mai et le retour de De Gaulle
La crise algérienne provoque la chute de la Quatrième République. De Gaulle revient au pouvoir et engage une évolution progressive de la position française.
1959-1960 : l'autodétermination
De Gaulle reconnaît le principe d'autodétermination. La séquence est marquée par des oppositions violentes chez les partisans de l'Algérie française.
1961-1962 : la sortie de guerre
Putsch des généraux en avril 1961, création de l'OAS, négociations à Évian. Les accords sont signés le 18 mars 1962, suivis d'un cessez-le-feu.
5 juillet 1962 : l'indépendance
Après un référendum d'autodétermination, l'indépendance est proclamée. La date choisie fait écho au 5 juillet 1830, jour de la capitulation d'Alger.
Le coût humain
Les bilans font l'objet d'évaluations divergentes selon les sources et les méthodes, et cette divergence est elle-même un enjeu mémoriel. Ce qui est établi : les pertes sont très lourdes, en particulier au sein de la population algérienne, et le conflit a provoqué des déplacements massifs de population, notamment par les regroupements de populations rurales.
L'indépendance s'accompagne du départ d'une grande partie de la population européenne d'Algérie, et de la situation des harkis, supplétifs de l'armée française, dont le sort après 1962 reste un dossier douloureux.
Une mémoire qui ne se referme pas
Trois raisons expliquent que ce passé reste actif.
L'accès aux archives a longtemps été restreint des deux côtés, et son ouverture progressive continue de produire des travaux qui modifient l'état des connaissances.
Les qualifications juridiques et politiques — le nom même du conflit, longtemps désigné en France par des périphrases — ont mis des décennies à évoluer.
Les questions non soldées : essais nucléaires au Sahara, disparus, archives, restitution de biens et de restes humains figurent régulièrement à l'ordre du jour des relations bilatérales.
Ce qu'il faut retenir
La guerre d'indépendance n'est pas seulement un épisode militaire : c'est une séquence politique qui a fait tomber un régime en France, créé un État en Algérie, et laissé des dossiers mémoriels que soixante ans n'ont pas suffi à refermer. C'est ce qui explique qu'elle reste, aujourd'hui encore, un sujet d'actualité autant que d'histoire.