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Culture

Le cinéma algérien : une Palme d'or, un Lion d'or, et beaucoup de silences

Deux des plus hautes récompenses du cinéma mondial, obtenues à dix ans d'intervalle. Puis une production qui n'a jamais retrouvé ces conditions.

3 min de lecture

Le cinéma algérien des années 1960-1970 bénéficiait d'un soutien public que la production actuelle ne connaît plus.

Deux titres suffisent à situer le cinéma algérien dans l'histoire du septième art. La Bataille d'Alger obtient le Lion d'or à Venise en 1966. Chronique des années de braise remporte la Palme d'or à Cannes en 1975. Aucun autre pays africain ou arabe n'affichait alors un tel palmarès.

La Bataille d'Alger

Réalisé par l'Italien Gillo Pontecorvo dans le cadre d'une coproduction avec l'Algérie indépendante, le film reconstitue les affrontements urbains d'Alger entre 1954 et 1957.

Son style — noir et blanc, caméra portée, acteurs largement non professionnels, tournage dans les lieux réels — lui donne une texture documentaire si convaincante que le film a longtemps été projeté comme document, ce qu'il n'est pas.

Sa postérité est considérable : il est étudié dans les écoles de cinéma, et il a été utilisé comme cas d'étude par des institutions militaires et policières bien au-delà du Maghreb.

Chronique des années de braise

Mohammed Lakhdar-Hamina obtient la Palme d'or en 1975 avec cette fresque qui suit un paysan algérien de la sécheresse des années 1930 jusqu'au déclenchement de la guerre.

Le film relève d'une ambition différente : format long, souffle épique, récit de la formation d'une conscience nationale. Il reste longtemps le seul film africain palmé.

Sortir du film de guerre

Dès les années 1970, une génération cherche d'autres terrains.

Merzak Allouache signe Omar Gatlato en 1976, chronique d'un jeune homme d'un quartier populaire d'Alger, sa cassette de musique et ses illusions. Le film rompt avec l'épopée et invente une comédie sociale algéroise dont on retrouve la trace jusqu'aujourd'hui.

Mohamed Zinet, avec Tahia ya Didou (1971), livre un objet inclassable sur Alger, longtemps confidentiel puis redécouvert.

La rupture des années 1990

La décennie noire ferme les salles, disperse les équipes et interrompt le financement public. Une partie du cinéma algérien continue alors depuis l'étranger, souvent en coproduction, avec des cinéastes installés en France.

Rachid Bouchareb, franco-algérien, obtient un large succès avec Indigènes (2006), sur les soldats des colonies engagés dans la Seconde Guerre mondiale — film qui a eu un effet politique direct sur la question des pensions des anciens combattants.

Aujourd'hui

Le paysage est contrasté. Le nombre de salles en activité a fortement diminué par rapport à l'âge d'or, même si des réouvertures ont eu lieu. Le financement repose sur des dispositifs publics et sur la coproduction internationale.

Des réalisateurs continuent d'être sélectionnés dans les grands festivals, et une génération formée à l'école du documentaire et du numérique produit avec des moyens réduits.

Trois obstacles reviennent dans les analyses du secteur :

  • Le nombre de salles et leur répartition sur le territoire.
  • Le circuit de distribution, qui rend difficile l'amortissement d'un film sur le seul marché national.
  • La formation technique, moins structurée qu'à l'époque des studios d'État.

Ce qu'il faut retenir

Le cinéma algérien a connu une période où il disposait de moyens, d'un sujet et d'une reconnaissance internationale simultanés. Cette conjonction ne s'est pas reproduite. Ce qui se fait aujourd'hui se fait autrement : plus léger, souvent coproduit, et davantage tourné vers le présent que vers l'histoire.

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Rubrique Culture

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