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Économie

Diversifier : l'agriculture et l'industrie face à l'objectif hors hydrocarbures

Réduire la part des hydrocarbures dans les exportations est un objectif affiché depuis quarante ans. Les résultats se lisent secteur par secteur, pas dans les discours.

3 min de lecture

L'agriculture saharienne, développée par pivots d'irrigation, est l'un des paris agricoles du pays.

« Sortir de la dépendance aux hydrocarbures » est probablement la phrase la plus prononcée de la vie économique algérienne depuis quarante ans. Plutôt que d'en juger le résultat global, il est plus utile de regarder ce qui se passe secteur par secteur.

L'agriculture

C'est le domaine où les résultats sont les plus tangibles.

Les dattes constituent le produit d'exportation agricole emblématique. La variété Deglet Nour, cultivée notamment dans la région de Biskra et dans les oasis du Sud, est reconnue internationalement. L'Algérie figure parmi les principaux producteurs mondiaux.

Les céréales occupent de vastes surfaces sur les Hauts-Plateaux, mais la production reste dépendante de la pluviométrie, très variable. Le pays importe des volumes importants de blé, ce qui constitue un poste de dépense sensible.

L'agriculture saharienne est le pari le plus commenté : mise en culture de périmètres irrigués dans le Sud, à partir des nappes fossiles, pour les céréales, la pomme de terre et le maraîchage. Les résultats en volume sont réels ; la question de la soutenabilité de la ressource en eau est posée par les spécialistes, ces nappes n'étant pas renouvelables à l'échelle humaine.

L'industrie

Le pays a connu deux modèles successifs.

Dans les années 1970, une politique d'industries industrialisantes construit de grands complexes publics — sidérurgie, mécanique, matériaux. Ces ensembles ont produit un savoir-faire et des emplois, mais leur rentabilité et leur intégration dans l'économie ont été discutées.

À partir des années 2010, une nouvelle vague se concentre sur l'assemblage — automobile, électroménager, électronique — avec un objectif d'intégration locale progressive. Le dispositif automobile, un temps interrompu, a été reconstruit sur un cahier des charges plus exigeant, avec des usines dans l'Ouest du pays.

Le point commun des deux périodes : la difficulté à faire émerger un tissu dense de sous-traitants capables de fournir en qualité et en cadence, condition sans laquelle il n'y a pas de filière.

Le numérique

C'est le segment le plus jeune et le plus dynamique.

Un cadre dédié aux start-up a été mis en place, avec un label, des incubateurs et des mécanismes de financement. Les secteurs les plus actifs sont la livraison, les services financiers, la logistique et les plateformes de mise en relation.

Deux contraintes structurelles pèsent : la qualité de la connectivité, qui progresse mais reste inégale, et surtout l'accès aux moyens de paiement en ligne, encore limité, ce qui complique les modèles économiques.

Un atout, en revanche : une population jeune, connectée, et un vivier d'ingénieurs formés localement — dont une part significative choisit toutefois de partir.

Le tourisme

Souvent cité comme gisement inexploité, il reste marginal en volume au regard du potentiel — patrimoine antique, Sahara, littoral. Les freins identifiés sont connus : capacité et standard hôteliers, formalités d'entrée, transport intérieur, et promotion à l'international.

Ce qui reste à faire

Trois verrous reviennent dans toutes les analyses :

  • Le climat des affaires : délais, formalités, accès au foncier industriel et au financement.
  • Le commerce extérieur : capacité à exporter autre chose que des hydrocarbures, ce qui suppose des normes, une logistique et des circuits commerciaux.
  • La formation : adéquation entre les compétences produites par le système éducatif et celles demandées par les entreprises.

Ce qu'il faut retenir

La diversification algérienne n'est pas une abstraction : elle progresse là où il existe une ressource naturelle valorisable — les dattes — ou une demande intérieure massive — l'agroalimentaire, le numérique de service. Elle bute là où il faut un tissu de fournisseurs et un accès aux marchés extérieurs. C'est cette asymétrie qui définit l'agenda économique du pays.

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